À PROPOS

 

La street photography aiguise souvent mon sens de l’observation, mon amour pour la photo humaniste.

 Capter l’essence même des êtres dans un temps donné au hasard de mes rencontres, à travers l’ombre et la lumière, quand les lieux se muent en atmosphère.

 Je suis une voleuse d’instantanéité. Dotée de mon troisième œil : mon viseur, je dérobe le présent, cet espace-temps qui n’appartient déjà plus au sujet. J’emporte avec moi un fragment de sa vie.

Si par un regard complice, ce dernier découvre la dérobade, celle de son temps arraché à la fulgurance, il peut m’accorder un peu de lui-même au milieu de nulle part. De cette existence je n’emporterais que l’image. Elle deviendra le récit de celui qui la regarde, une histoire dans l’histoire.

La distance que l’on prend entre les êtres et les choses c’est aussi celle que l’on prend avec soi-même. Laissant leur empreinte dans mon objectif, ceux que je croise, se délestent du moment précédent, préoccupés par leur élan futur. Devant la fuite du temps, ils tentent tout simplement de suivre leur chemin.

Ces rendez-vous avec l’imprévu me fascinent toujours, anticiper la part qu’on ne pourra jamais maitriser et déclencher, cueillir la singularité des choses ordinaires de la vie, extirper leur part de mystère. C’est aussi ressentir l’émotion suscitée par une attitude, un geste, un regard qui surgira l’instant suivant. Telle une magicienne, la photographie m’ouvre la voie du subjectif, de l’esprit de la matière. Cette imminence donne naissance aux clichés éphémères et se projette sur le fil de nos rêves, ils sauront convertir cet état de grâce en promesse d’éternité. 

Patricia Goldberg